Ralentissement spectaculaire de la transition de l’Europe vers un écosystème circulaire des plastiques

Une perte de compétitivité qui sape les objectifs climatiques et l’autonomie stratégique

  • 15,8 % de la production européenne de matières plastiques, soit 8,7 Mt étaient circulaires en 2024.
  • La croissance de la production circulaire est passée de 13,6 % par an entre 2018 et 2022 à seulement 1,2 % par an entre 2022 et 2024.
  • La croissance de la demande en plastiques circulaires est passée de 16,2 % par an entre 2018 et 2022 à 4 % par an entre 2022 et 2024.
  • Le taux de recyclage des déchets plastique collectés en Europe est passé à 29,6 %.
  • 70,4 % des déchets plastique collectés sont encore envoyés en décharge ou à l’incinération.

Paris, le 19 mai 2026

Plastics Europe a publié aujourd’hui son rapport bisannuel The Circular Economy for Plastics:  A European Analysis. Il comprend les données les plus récentes (2024) et une mise en perspective de la transition de l’Europe[1] vers une économie circulaire des plastiques, avec notamment les tendances en matière de production, transformation, consommation et échanges commerciaux de plastiques circulaires[2], ainsi que des données sur la gestion des déchets.

Le principal constat du rapport est que, dans un contexte de concurrence mondiale accrue, le rythme de la transition en Europe a fortement ralenti. La croissance annuelle[3] de la production circulaire en Europe est passée de 13,6 % entre 2018 et 2022 à seulement 1,2 % de 2022 à 2024, atteignant 8,7 Mt, soit 15,8 % de la production totale. À l’inverse, la croissance annuelle de la production mondiale de plastiques circulaires s’est accélérée, passant de 5 % à 7,7 % sur les mêmes périodes.

Dans le même temps, la demande des plasturgistes européens en plastiques circulaires perd elle aussi de son élan, passant d’une croissance annuelle de 16,2 % entre 2018 et 2022 à 4 % entre 2022 et 2024.

Les nouveaux chiffres des échanges commerciaux mettent également en évidence la forte dépendance de la transition circulaire de l’Europe à l’égard de chaînes de valeur extérieures : 19% de la demande des plasturgistes en plastiques circulaires ont été servis par des importations, et 12,4 % des déchets collectés en Europe ont été recyclés dans d’autres régions. Cette dépendance est encore plus marquée pour les plastiques d’origine fossile, dont 25 % de la demande des transformateurs est satisfaite par des importations.

Rob Ingram, Président of Plastics Europe et CEO de Ineos Olefins & Polymers Europe, a déclaré : « Il est profondément préoccupant de constater qu’au moment où l’Europe devrait accélérer sa transition vers une économie circulaire, nous voyons un ralentissement spectaculaire de celle-ci. En raison des prix élevés de l’énergie et des matières premières, des coûts liés aux émissions de carbone et d’une concurrence inéquitable, les producteurs européens de matières plastiques sont en mode survie. Notre chaîne de valeur ne peut pas réaliser les investissements nécessaires dans la circularité ; au contraire, nous assistons à une décarbonation de l’Europe par sa désindustrialisation. À moins que cette tendance hautement dommageable ne soit inversée, l’Europe ne pourra pas atteindre ses objectifs climatiques. »

L’Europe reste néanmoins la zone du monde avec la plus grande part de plastiques circulaires (15,8 %) dans son mix de production. Toutefois, ce leadership repose principalement sur une forte baisse de la production de plastiques d’origine fossile, qui a reculé de 8,3 % entre 2022 et 2024, pour atteindre 43,3 Mt.

Pour Virginia Janssens, Directrice générale de Plastics Europe : « Si nous continuons à exporter des déchets triés qui ont de la valeur et à importer des matériaux recyclés, nous affaiblissons à la fois notre base industrielle et nos ambitions climatiques. Nous devons créer un modèle économique viable pour les plastiques circulaires en Europe, de sorte que conserver et recycler nos déchets plastique soit rentable. Une législation favorable et adaptée constitue un levier essentiel.

Le conflit au Moyen-Orient a rappelé à quel point l’Europe est exposée aux chocs liés aux ressources fossiles et qu’une économie européenne des plastiques circulaires solide n’est pas un “plus”, mais un impératif non négociable. Les déchets plastique sont des commodités de valeur qui offrent à l’Europe la possibilité de devenir un continent riche en ressources. Il est temps de reprendre le contrôle de notre économie circulaire, en commençant par conserver et utiliser nos ressources stratégiques en Europe. »

En 2024, si le taux de recyclage s’est amélioré pour atteindre 29,6 %, l’ampleur et la complexité des défis auxquels sont confrontés les décideurs publics et l’écosystème européen des plastiques ne doivent pas être sous-estimées. Plus de 70 % des déchets plastique collectés – une ressource circulaire précieuse susceptible de réduire la dépendance de l’Europe aux ressources fossiles – ont encore été orientés vers l’incinération (16,0 Mt, soit 48,9 %) et la mise en décharge (7,0 Mt, soit 21,5 %).

La France n’échappe pas non plus aux conséquences de la perte de compétitivité de son industrie. Production de matières plastiques et demande de la plasturgie n’y ont pas retrouvé leur niveau d’avant la crise du Covid.

Côté circularité, l’Hexagone enregistre des progrès notoires. Le recyclage progresse de + 15,2% (vs 2022) pour atteindre près d’1 million de tonnes (964 Kt) et l’incorporation de recyclé par les plasturgistes a un peu plus que doublé entre 2018 (328 Kt) et 2024 (673 Kt).

Mais cette dynamique reste insuffisante pour permettre au pays, avec un taux de recyclage de 23,1%, de recoller à la moyenne des performances européennes. Entre autres causes, la collecte et le tri restent des handicaps majeurs. Même s’ils progressent, plus de la moitié des déchets plastique est encore jetée dans la mauvaise poubelle. Pour finir, ce sont plus de 75% des déchets plastique qui sont soit valorisés énergétiquement, soit mis en décharge. Et, de facto, perdus pour l’économie circulaire.

Bien que la Commission Européenne ait reconnu l’importance stratégique du secteur des plastiques dans l’Industrial Accelerator Act, les cadres structurels de la politique de l’UE n’envoient pour l’heure, pas de signaux au marché et manquent de l’ampleur et de la rapidité nécessaires pour inverser les tendances actuelles.

L’urgence est à l’action aux niveaux européen et national afin de restaurer la compétitivité de l’industrie et de débloquer des investissements à grande échelle dans les plastiques circulaires. Cela implique de résoudre la crise liée aux coûts de l’énergie et des émissions de carbone en Europe, de garantir les conditions d’une concurrence loyale et des règles du jeu équitables, de créer une demande forte en plastiques circulaires grâce à des mesures ambitieuses qui tirent le marché et de libérer ainsi le potentiel économique d’un marché unique harmonisé.

« La transition vers une économie circulaire des plastiques doit devenir une priorité absolue pour l’Europe. Le Circular Economy Act doit véritablement impulser le changement et faire de la circularité un marché attractif en Europe. Sans mesures d’urgence, nous risquons de perdre les bénéfices de notre propre transition circulaire et de laisser d’autres régions en capter la valeur industrielle et économique à notre place. La circularité n’est pas seulement un objectif environnemental, c’est aussi un objectif industriel », a poursuivi Virginia Janssens.

« L’Europe abrite de nombreux producteurs de plastiques parmi les plus innovants et visionnaires au monde. Elle a été à l’avant-garde de la transition vers un écosystème des plastiques qui soit circulaire. Avec un soutien adéquat, nous pouvons créer un écosystème circulaire performant pour les plastiques. Il constituera le socle de l’industrie européenne de demain et garantira sa résilience et sa sécurité économiques. » a-t-elle conclu.

[1] EU27, Norvège, Royaume-Uni et Suisse
[2] Inclut les plastiques recyclés mécaniquement, chimiquement et les plastiques obtenus à partir de ressources biosourcées.
[3] Taux de croissance annuels composés – Voir la note aux rédactions

Note aux rédactions
Les taux de croissance annuels de la production de plastiques circulaires en Europe et de la demande des transformateurs en 2022 et 2024 correspondent aux “taux de croissance annuels composés” (TCAC, ou CAGR en anglais) sur les périodes 2018–2022 et 2022–2024 respectivement.

Pour rappel
Plastics Europe est l’association paneuropéenne des producteurs de matières plastiques et dispose de bureaux dans toute l’Europe. Depuis plus de 100 ans, la science et l’innovation constituent l’ADN de notre secteur. Avec des membres produisant plus de 90% des polymères en Europe 27+3 (Norvège, Suisse, Royaume-Uni), nous sommes le catalyseur de l’industrie. Notre responsabilité est de nous impliquer ouvertement avec les acteurs concernés et de proposer des solutions sûres, circulaires et durables. Nous nous engageons à mettre en oeuvre des changements positifs durables.

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